Le radeau des étoiles, d’Andrew J. Graff
Deux gamins du Wisconsin, Fish et Bread, passent tous leurs étés ensemble dans la petite bourgade de Claypot, dans le Comté de Marigamie. Fish est envoyé par sa mère dans la ferme de son grand-père pour les vacances et Bread vit à Claypot, chez son père alcoolique et violent. Après une énième formidable journée passée à vélo ou à sauver des grenouilles qui se termine toujours dans l’angoisse pour Bread, car tout le monde sait qu’il se prendra une rouste; Fish décide que c’est assez, saisit une arme et tire sur le géniteur. Débute alors pour les deux garçons une cavale de deux jours et deux nuits sur une rivière, en radeau. Et débute pour les adultes; à savoir Cal le shérif, Teddy le grand-père de Fish, Miranda, sa maman, et Tiffany, une employée de station-service qui a le béguin pour le shérif, une course contre la montre pour les retrouver sains et saufs.
Dans ce livre également recommandé par Libération comme lecture d'été, on traverse une dense forêt de pins infestée de moustiques, occupée par des ours, où les coyotes hurlent à la tombée du jour. On navigue sur une rivière parfois capricieuse et dangereuse en radeau avec les enfants, ou en canoë avec Miranda et Tiffany. On subit des intempéries, l’angoisse, la fatigue ou la faim. A quelques petits kilomètres de chez eux, sans contact avec le monde extérieur pendant quarante-huit heures, les enfants comme les adultes se confrontent à l’autre, aux éléments et évidemment à eux-mêmes. J’étais personnellement plus touchée par le récit consacré aux adultes en quête de sens ou en quête d’un être cher que par la fuite en avant des enfants.
Par ailleurs, ce que j’ai également beaucoup aimé dans ce roman, et qui a rendu sa lecture addictive, est le procédé narratif de l’auteur, apparemment fasciné par les cours d’eau, qui consiste à suivre la ligne du temps de l’action, sans interruption, mais à travers différents personnages: les enfants, géographiquement en avance sur les adultes, Miranda et Tiffany, en canoë, et Cal et Teddy dans la forêt. Aussi, lorsqu’un chapitre se termine par le coucher de Bread et Fish à la tombée du jour, nous assisterons à la pénible nuit de Cal dans le chapitre suivant etc. Astucieux et efficace. Bref, une chouette lecture, surtout si vous n’êtes pas certain.e de vous rendre dans le Wisconsin un jour et que vous avez aimé le film Stand by me. Avec ce roman, vous serez servi.e.