Ma sexualité en toutes lettres, de Tobi Lakmaker
C’est en flânant chez Librebook à Ixelles que je suis tombée sur ce roman décrit par son éditeur québécois comme un “livre phénomène” (voir ici) où la narratrice, Sofie, nous retrace tambours battants son parcours amoureux et sexuel, mais aussi intellectuel et social, avant de devenir Tobi.
Contrairement à ce que le titre accrocheur pourrait laisser croire, le long monologue au rythme enlevé de Sofie ne porte pas que sur ses expériences avec hommes ou femmes mais est également riche de son cursus universitaire, ses réflexions personnelles, ses lectures, ses passions - particulièrement pour le foot - ou ses voyages en Europe. Sofie a en effet grandi dans un milieu socio-culturel privilégié à Amsterdam, entourée d’artistes et d’intellectuels, et a étudié la philosophie, les lettres ou la langue russe.
Aussi, aphorismes, commentaires à l’emporte-pièce, “punchlines” et intertextualité sont légion dans ce récit ébouriffant et souvent très drôle où il peut être question du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir et, quelques page plus loin, d’un grand footballeur néerlandais. Dans ce cas précis, les notes de bas de page furent les bienvenues!
« Le “féminisme simpliste” se résume plus ou moins à ceci: “les femmes blanches hétérosexuelles diplomées de troisième cycle ont, comme les hommes, voix au chapitre” »
J’ai aimé la liberté de ton, l’humour grinçant et la grande sincérité de ce roman où se révèlent peu à peu, pudiquement, les cicatrices et les questionnements existentiels de la narratrice. D’ailleurs, j’ai été émue aux larmes en lisant le dernier chapitre consacré au décès de sa mère. Alors que j’ai cru m’essouffler en lisant/écoutant (la voix de la narratrice était très présente; en tout cas pour moi) Sofie passer du coq à l’âne à un rythme effréné, son monologue fait place à un récit bouleversant - sans être gnagnan pour autant ! - d’une famille en deuil, entre mutisme, désarroi et incompréhension. Selon moi, seule une personne ayant connu de tels moments douloureux peut les écrire avec autant de justesse et de sincérité.
C’est pourquoi je suis persuadée que Tobi Lakmaker, écrivain et chroniqueur dans la presse néerlandaise, n’en a pas fini avec la littérature, fictionnelle ou d’idées (ou les deux!) et je serais curieuse de lire ce qu’il aura à nous offrir.