A Confederacy of Dunces, de John Kennedy Toole

“You could just rest honey. You could write some stuff in your little copybooks.”

“They would try to make me into a moron who liked television and new cars and frozen food. Don’t you understand? Psychiatry is worse than communism. I refuse to be brainwashed. I won’t be a robot!”

But, Ignatius, they help out a lot of people got problems.”

“Do you think that I have a problem?” Ignatius bellowed. “The only problem that those people have anyway is that they don’t like new cars and hair sprays. That’s why they are put away. They make the other members of the society fearful. Every asylum in this nation is filled with poor souls who simply cannot stand lanolin, cellophane, plastic, television, and subdivisions.”

Ce formidable dialogue entre Ignatius Reilly, “héros” du roman, et sa mère donne un bon aperçu de cette farce loufoque, grotesque mais également pathétique qu’est A Confederacy of Dunces. Ecrit dans les années 60 et publié vingt ans plus tard, après la mort de son auteur John Kennedy Toole (Nicolas Carreau a très bien résumé la triste histoire de ce roman et de l’écrivain sur Europe 1. Voir ici), ce livre nous transporte à la Nouvelle Orléans de l’après seconde guerre mondiale où vit un adolescent d’une trentaine d’années, obèse, paresseux comme une couleuvre et très étroit d’esprit malgré son érudition. Ignatius Reilly, sorte de Don Quichotte un peu plus statique que celui de Cervantes, très porté sur les hot dogs et aux éructations incessantes, vénère le philosophe romain Boèce (ou Boethius, en anglais. Pour en savoir plus sur ce penseur mal connu, voir ici) et regrette profondément tout développement intellectuel, culturel et sociétal survenu depuis la Renaissance. Ignatius consigne ses pensées et sa vision pessimiste du monde dans des petits cahiers, cloitré dans sa chambre jamais rangée et jamais nettoyée. Pas simple de mener une vie d’ermite misanthrope et réfractaire aux changements quand on vit toujours chez sa maman alcoolique dans un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans et qu’on est forcé à se lancer sur le marché du travail par un mauvais concours de circonstances. Une fois ce décor planté, l’histoire ne peut qu’être décapante et je dois dire que j’ai rarement autant ri aux éclats en lisant un livre. Sans perdre de vue le drame sous-jacent ni mettre de côté le miroir déformant que nous tend l’auteur.

Autour d’Ignatius et de sa mère, gravite une galerie de personnages tout aussi étranges, fêlés ou pathétiques. A travers eux, John Kennedy Toole aborde de très nombreux sujets universels ou toujours d’actualité comme la maternité - l’adoration que Santa Battaglia, une amie de Mrs Reilly, voue au portrait de sa défunte mère m’a marquée; la ségrégation raciale; l’absurdité du Maccarthysme; ou encore les profondes différences entre le Nord des Etats-Unis, dépeint comme intellectuel et progressiste, et le Sud décrit comme moite, crasseux et attardé.

A Confederacy of Dunces est selon moi un livre à lire au moins une fois dans sa vie, surtout quand on se demande si on peut faire mieux ou aussi bien que Rabelais ou Cervantes. Une lecture extraordinaire.

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