Mon mois de février sous la neige
C’est une émission d’Etcetera avec Claudie Hunzinger et Kev Lambert (à écouter ici) qui m’a inspiré ces deux lectures hivernales. Alors que j’avais entendu parler de Kev Lambert, sans avoir lu aucun de ses romans, je ne connaissais pas du tout Claudie Hunzinger…Erreur désormais réparée avec la lecture du captivant Il neigne sur le pianiste, que je me suis procuré chez Atout livre, ma librairie de prédilection quand je suis de passage à Paris.
Dans ce roman, la narratrice, qui se confond presque avec l’autrice -elle le dit elle-même dans le Book Club (voir ici) - entretient deux histoires d’amour particulières simultanément: avec un renard, qu’elle nourrit et qu’elle soigne, et un pianiste de renommée internationale, qu’elle séquestre dans sa maison perdue dans la montagne, aidée en cela par une tempête de neige. Ce qui m’a beaucoup amusée en écoutant cette interview de Claudie Hunzinger c’est de réaliser à quel point j’étais passée à côté de ce livre, de ce que l’autrice a voulu en faire, tout en m’étant régalé à le lire. Claudie Hunzinger y répète à plusieurs reprises que ses chapitres sont remplis de mises en abîme…que j’ai dû louper! J’étais toutefois transportée de lire ce récit où la nature à une place prépondérante, magique, où il est question d’une femme intelligente, passionnée, indépendante et désirante qui se voit vieillir, le constate et en tire des conclusions inspirantes (je me dis que ce livre gagnerait à être relu dans quelques années…peut-être y verrai-je enfin les fameuses mises en abîme), et où il est également question du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach. Et par ailleurs, c’est diablement bien écrit. Alors qu’il est parfois difficile d’identifier des citations dans certains livres, je pense qu’ici je pourrais ouvrir une page au hasard et y trouver un passage à retenir. Voici un tout petit échantillon.
« Comme il est étrange de faire ça, un petit moment dans sa vie, de rien faire d’autre que neiger. »
J’ai ensuite emprunté Les sentiers de neige, quatrième roman de Kev Lambert, sur la bibliothèque numérique Lirtuel (si vous avez une liseuse, foncez! c’est gratuit et très bien fait). Quelques jours après avoir achevé cette lecture, je suis tombée sur un article d’opinion du Financial Times sur les “livres difficiles” (voir ici), qui nous poussent à réfléchir et ne nous laissent pas indemnes. J’ai notamment pensé à ce roman en lisant l’article car, alors que j’ai dévoré les premiers, magistraux chapitres consacrés à un réveillon de Noël en famille magnifiquement bien décrit du point de vue d’un enfant qui n’a pas du tout envie d’être là et à qui rien n’échappe - le tonton bourré, la grand-mère acariâtre qui terrorise tout le monde avec ses remarques acerbes, la nouvelle pièce rapportée, larguée qui cherche sa place; ma lecture s’est avérée plus laborieuse à mesure le récit s’enfonçait un peu plus dans le fantastique et dans le drame. J’ai souvent lu et entendu qu’une fois les livres écrits, ils n’appartenaient plus vraiment à leurs auteurs car les lectures en sont multiples et s’éloignent souvent de ce que l’auteur a voulu dire. J’ai pour ma part lu ce roman qui parle de deux enfants qui ne vont, au fond, pas très bien, sans que leur entourage proche ne s’en rende compte ou sache quoi faire, avec mes yeux et mon cœur de maman. Et la fin de ce livre, qui confirme en grande partie l’échec et la cécité des adultes, m’a fait très mal, m’a dérangé. La conclusion du livre ne m’a pas semblé légitime, à la hauteur des faits - très graves, selon moi; et j’ai trouvé tragique qu’on laisse un enfant - d’encre et de papier, bien sûr - quasi seul face à tout ça, qu’on le laisse se débrouiller avec une cousine rebelle et un monde parallèle issu de son imagination. Les dernières lignes du livre semblent ouvrir une petite porte, apporter une petite lueur d’espoir mais le sentiment qui a prédominé chez moi quand j’ai refermé ce livre était l’abattement.